22 juillet 2026

Tolga Atik Sarıyalçın

Le verrou somalien : comment la Türkiye redessine l’architecture de sécurité de la mer Rouge et de la Corne d’Afrique

Signature d’un accord entre les chefs d’états éthiopien et somalien à Ankara le 11 décembre 2024

Le 21 février 2024, la ratification d’un accord de défense historique entre le Parlement somalien et le gouvernement turc est intervenue en pleine crise régionale1. La Somalie, structurellement classée parmi les États fragiles et formellement déconseillée aux voyageurs par les chancelleries occidentales, se trouve à l’épicentre de dynamiques conflictuelles interconnectées. Le pays fait face à l’ancrage territorial du groupe Harakat Al-Chabab Al-Moudjahidin, affilié à Al-Qaïda, ainsi qu’à une fragmentation interne profonde. Mogadiscio n’exerce en effet qu’une autorité théorique sur des entités aux trajectoires autonomes, à l’instar du Puntland ou de la République autoproclamée du Somaliland. À ces fractures s’ajoutent la poussée géopolitique de l’Éthiopie, en quête d’un débouché maritime vers l’est, et la surchauffe stratégique de la mer Rouge, exacerbée par les récentes crises au Moyen-Orient.

C’est précisément dans ce contexte de haute vulnérabilité que Ankara déploie une stratégie d’opportunité singulière. La Türkiye s’impose comme le garant militaire de la souveraineté somalienne tout en maintenant des canaux diplomatiques avec les autres acteurs de la région, se positionnant ainsi en médiateur indispensable. Ce pivot stratégique s’appuie sur un modèle opérationnel incarné par SOMTÜRK, une coentreprise créée entre Mogadiscio et Ankara. Initialement spécialisée dans la gestion et l’attribution des licences de pêche au sein de la zone économique exclusive somalienne, cette structure est devenue le laboratoire et le vecteur principal de l’influence économique et navale turque dans l’ensemble de la Corne de l’Afrique. 

Le renforcement des relations : de l’assistance militaire à l’accord de défense

Les accords bilatéraux de 2024 ne surgissent pas ex nihilo ; ils couronnent une décennie d’engagement  diplomatique et sécuritaire turque en Somalie. Depuis son accession à l’indépendance en 1960, marquée par le retrait simultané des administrations coloniales britannique et italienne, l’État somalien s’est avéré incapable de stabiliser ses équilibres internes, miné par des conflits inter-claniques structurels. Le déclenchement de la guerre civile en 1978, qui culmine en 1991 avec la chute du régime de Mohamed Siad Barre, ouvre une phase de déliquescence institutionnelle profonde. L’intervention des Nations unies à partir de 1992, pourtant appuyée logistiquement et militairement par Washington, se solde par un échec critique, accélérant le morcellement territorial du pays. Cette vacance du pouvoir central profite directement aux insurrections djihadistes, qui y trouvent un sanctuaire opérationnel, ainsi qu’aux dynamiques sécessionnistes, matérialisées par la proclamation unilatérale de l’indépendance du Somaliland.

La trajectoire d’effondrement s’accentue en 2011 lorsque la Corne de l’Afrique subit une crise humanitaire majeure, qualifiée par l’ONU de première grande famine du XXIe siècle, entraînant la mort de plus de 250 000 personnes en Somalie2. Alors que la communauté internationale délaisse le territoire en raison de l’omniprésence du risque terroriste, Ankara opte pour un positionnement de rupture. En août 2011, Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre, effectue une visite d’État hautement symbolique à Mogadiscio. Ce déplacement brise l’isolement diplomatique du gouvernement somalien, comme le soulignera quatorze ans plus tard le ministre des Ports et des Transports maritimes, Abdulkadir Mohamed Nur, en rappelant que la présence physique d’un chef de gouvernement étranger accompagné de son cabinet a constitué un tournant critique pour focaliser à nouveau l’attention internationale sur la crise somalienne3. Par le biais d’organismes étatiques tels que l’Agence de coopération et de coordination (TIKA) et le Croissant-Rouge turc (Kizilay), Ankara instrumentalise l’aide au développement pour jeter les bases d’une influence durable dans une région jusqu’alors périphérique au sein de sa politique étrangère.

Ce déploiement s’articule théoriquement autour de la doctrine d’« Ouverture sur l’Afrique » (Afrika Açılımı), formalisée par Ahmet Davutoglu durant son mandat aux Affaires étrangères (2009-2014) et théorisée dans son ouvrage de 2001, La Profondeur Stratégique (Stratejik Derinlik)4. Ce paradigme vise à émanciper la diplomatie turque de l’alignement strict sur l’OTAN en diversifiant ses vecteurs de puissance vers le Sud global. À partir de 2017, cette logique d’assistance humanitaire subit une requalification militaire avec l’inauguration à Mogadiscio du camp TURKSOM, la plus importante infrastructure d’entraînement turque à l’étranger. Ankara s’impose dès lors comme l’architecte de la reconstruction de l’appareil de défense somalien face à l’insurrection d’Al-Chabab. En 2020, la diplomatie turque à Mogadiscio estime que le programme de formation de TURKSOM a pris en charge près d’un tiers des forces militaires régulières du pays, soit un volume d’environ 15 000 à 16 000 soldats5.

L’année 2024 marque une rupture systémique dans ce modèle d’assistance. Le déclencheur de ce virage est d’ordre externe : la signature du mémorandum d’entente entre l’Éthiopie et le Somaliland place Mogadiscio face à un risque immédiat d’amputation territoriale. Conduite à une impasse stratégique, la présidence somalienne choisit de formaliser un saut qualitatif dans sa coopération sécuritaire avec Ankara. Le 21 février 2024, la signature de l’Accord de coopération économique et de défense (DECA) acte le passage d’une doctrine de puissance terrestre (Land Power) à une doctrine de puissance navale (Naval Power). La coopération s’affranchit du seul cadre de la lutte contre-insurrectionnelle pour englober la sanctuarisation de l’espace maritime face aux menaces étatiques tierces.

La marine turque obtient un mandat de dix ans pour assurer la protection des 3 333 kilomètres de littoral somalien. Ce déploiement naval répond à un triple objectif :

  • Dissuasion conventionnelle et déni d’accès : Le positionnement de frégates turques dans le golfe d’Aden et l’océan Indien crée une bulle de protection qui neutralise les ambitions maritimes d’Addis-Abeba. Ce dispositif gèle l’application concrète du mémorandum éthiopien au Somaliland en privant l’État éthiopien des moyens logistiques de matérialiser sa base navale. Ankara tempère toutefois la portée de ce bras de fer en affirmant que les termes de l’accord étaient en négociation bien avant la crise et ne constituent pas une mesure de représailles directes6.
  • Contrôle des espaces et réduction des risques asymétriques : La présence navale permanente comble le vide sécuritaire exploité par les acteurs non étatiques. L’action de la marine turque cible simultanément la résurgence de la piraterie, les flux logistiques de contrebande d’armes alimentant Al-Chabab et le pillage des ressources halieutiques par des flottes étrangères, réaffirmant la souveraineté de l’État sur ses eaux territoriales.
  • Institutionnalisation et transfert de compétences : L’accord organise l’autonomisation à long terme de l’appareil sécuritaire local. Sur le modèle de la réforme menée à TURKSOM, le plan prévoit la formation accélérée des cadres maritimes et la livraison de vecteurs légers, visant à doter Mogadiscio d’une garde-côtière et d’une marine de guerre autonomes à l’horizon 2030.

L’instrumentalisation économique de l’Économie Bleue 

Ankara jette les bases d’un modèle d’économie politique inédit à travers la création de la société mixte SOMTÜRK, issue d’un accord stratégique avec Mogadiscio. Cette structure hybride incarne la projection de la Türkiye dans la Corne de l’Afrique, caractérisée par une montée en puissance progressive de son emprise régionale. Ce déploiement est directement rendu possible par l’essor de l’industrie de défense turque, dont le volet naval offre à Ankara un vecteur d’influence commerciale et stratégique sans précédent dans l’océan Indien.

Pour Mogadiscio, le recours à cette entreprise conjointe répond à l’urgence de structurer une filière halieutique historiquement pillée par des flottes étrangères non régulées, faute de capacités industrielles et de surveillance nationales. Les côtes somaliennes, parmi les plus poissonneuses au monde, manquaient d’un cadre de gestion capable de générer des recettes fiscales pour l’État central. En confiant l’encadrement commercial de ses eaux à SOMTÜRK, la Somalie s’assure l’apport technologique d’un partenaire émergent tout en ouvrant un accès privilégié aux armateurs turcs. L’entreprise agit comme le canalisateur des investissements publics et privés turcs dans la pêche industrielle, la chaîne du froid et les unités de transformation à terre, créant une valeur ajoutée locale inédite pour l’économie somalienne. En intégrant l’ensemble de la chaîne de valeur, du prélèvement à la transformation, SOMTÜRK vise à fixer la richesse sur le territoire. L’enjeu pour Mogadiscio est de convertir une ressource volatile en assiette fiscale stable et en gisements d’emplois locaux. Cette transition d’une économie de subsistance vers une filière agro-industrielle intégrée permet également à l’État d’asseoir son autorité sur des populations côtières marginalisées, historiquement enclines à se tourner vers la piraterie ou les réseaux informels.

Cependant, l’analyse de la structure d’actionnariat de SOMTÜRK révèle l’articulation étroite des intérêts militaro-industriels d’Ankara, matérialisée par l’implication centrale d’OYAK (Ordu Yardımlaşma Kurumu), le fonds de prévoyance des forces armées turques7. Le fait qu’un accord de gestion halieutique soit opéré par le bras financier de l’appareil militaire turc, et non par des acteurs civils traditionnels, démontre que la relation bilatérale dépasse les logiques classiques de coopération au développement. Il en découle une synergie opérationnelle directe : les frégates de la marine turque déployées pour patrouiller le littoral sécurisent physiquement les zones exploitées par les navires et les actifs gérés par la filiale commerciale de leur propre fonds de pension. L’armée turque se retrouve ainsi dans la double posture de protecteur souverain du territoire somalien et de co-gestionnaire de ses ressources marines.

Cette configuration élimine le risque de désalignement stratégique. Alors que la protection militaire d’intérêts commerciaux civils génère habituellement des frictions politiques et un coût d’opportunité pour l’État protecteur, la marine turque défend ici des zones dont la rentabilité financière alimente directement les fonds de prévoyance de ses propres officiers. Cette convergence crée un levier d’engagement structurel pour Ankara : la dissuasion navale face aux incursions de flottes tierces devient une nécessité économique directe pour le complexe militaro-industriel turc, offrant à Mogadiscio une garantie de sécurité pérenne8.

Sur le plan financier, cette interdépendance se matérialise par la clé de répartition des bénéfices de l’entreprise, fixée à 30 % pour la Türkiye et 70 %9 pour la Somalie. Ce mécanisme transactionnel permet à Mogadiscio de financer indirectement sa sécurité et la modernisation de ses infrastructures navales en s’appuyant sur l’exploitation de sa biomasse marine, sans verser de compensations financières directes qu’elle ne pourrait assumer. Pour Ankara, l’activité commerciale de SOMTÜRK transforme un déploiement naval lointain en une opération stratégique pérenne, dont les dividendes économiques contribuent à amortir l’effort de défense consenti dans l’océan Indien. C’est l’illustration concrète d’une diplomatie pragmatique où la projection de puissance s’auto-finance par l’économie réelle. Ce modèle de « sécurité contre ressources » substitue la rétrocession de rente halieutique à la dette souveraine classique. La Somalie évite ainsi le piège du surendettement, tandis que la Türkiye sécurise son retour sur investissement dans un environnement dépourvu de garanties bancaires traditionnelles. Pour Ankara, cette approche rend l’effort naval politiquement acceptable en interne : il ne s’apparente plus à une charge budgétaire à fonds perdus pour le contribuable, mais au bras protecteur d’une concession commerciale rentable10.

Le Grand Jeu Régional : Ankara face à la concurrence 

La Türkiye renforce ses positions sur le territoire somalien via un entrelacement d’accords économiques, énergétiques, militaires et politiques. Néanmoins, contrairement à certaines grilles de lecture simplificatrices, ce déploiement ne s’articule pas dans une logique d’affrontement systématique avec l’Éthiopie. Addis-Abeba demeure un partenaire stratégique de premier plan pour Ankara dans la région. La Türkiye figure au deuxième rang des investisseurs étrangers en Éthiopie, juste derrière la Chine, avec un stock de capitaux estimé à 2,5 milliards de dollars dès 2020, distribué entre près de 150 entreprises turques11. Ce volume représente à lui seul la moitié des investissements turcs sur le continent africain et a permis la création de plus de 30 000 emplois locaux. Ces liens économiques se sont doublés d’un rapprochement sécuritaire décisif à travers la « diplomatie du drone » menée par Ankara lors de la guerre du Tigré, où la fourniture de vecteurs aériens Bayraktar TB2 a permis au gouvernement éthiopien de faire basculer le rapport de force face aux forces régionales.

C’est précisément cette interdépendance qui explique l’initiative turque de lancer une médiation — formalisée sous le nom des Ankara Talks — au cours de l’année 202412. L’objectif stratégique d’Ankara est clair : désamorcer la crise née du mémorandum d’entente entre l’Éthiopie et le Somaliland en proposant une alternative institutionnelle. Plutôt qu’un accès militaire souverain au port de Berbera, qui viole l’intégrité territoriale somalienne, Ankara tente d’orienter Addis-Abeba vers un accès exclusivement commercial aux infrastructures portuaires somaliennes, appuyé par un transit sécurisé par la Türkiye elle-même. Si ce compromis aboutit, Ankara réussira le tour de force de lier la Somalie pour sa défense côtière et l’Éthiopie pour sa logistique d’accès à la mer.

Évidemment, cette projection accrue d’Ankara ne se réalise pas sans heurts. À Garowe, le gouvernement de la région autonome du Puntland perçoit cette avancée de Mogadiscio et de son parrain turc comme un coup de force centralisateur qui menace ses prérogatives fédérales et ses ambitions d’autonomie. Le Puntland rejette tout accord susceptible d’entraver sa propre gestion des ressources et des alliances extérieures. Dans ce grand jeu régional, les Émirats arabes unis apparaissent comme l’autre acteur incontournable. Malgré la reprise des relations diplomatiques entre Ankara et Abu Dhabi entamée sous le mandat de Recep Tayyip Erdogan, la Corne de l’Afrique demeure une zone d’affrontement indirect entre les deux puissances. Les Émiratis sont déjà solidement ancrés dans la région via la multinationale DP World, qui gère le port de Bosaso au Puntland et celui de Berbera au Somaliland13. En finançant et en armant les forces de sécurité locales dans ces entités autonomes, Abu Dhabi cherche à circonscrire la portée réelle de l’accord turco-somalien à la seule région de Mogadiscio, transformant la querelle sur les licences de pêche en une rivalité d’influence pour le contrôle des routes maritimes du golfe d’Aden.

Parallèlement, cette mainmise sur la ZEE somalienne dessine les contours d’une stratégie d’interdiction d’accès qui bouscule l’architecture multilatérale établie dans l’océan Indien depuis deux décennies, incarnée par les Combined Maritime Forces (CMF) ou l’opération européenne Atalante. En libéralisant sa relation avec Mogadiscio sur une base exclusive, Ankara s’affranchit de ces cadres collectifs pour transformer la façade maritime somalienne en une chasse gardée. Cette autonomie complique les calculs des puissances occidentales ainsi que ceux de Pékin. Bien que ancrée à Djibouti, la Chine voit ses ambitions d’extension vers le sud de la Corne se heurter à un acteur doté d’un mandat légal de patrouille jusqu’en 2034. La marine chinoise doit désormais composer avec un filtrage turco-somalien de fait sur chaque mouvement dans la zone.

Le tour de force d’Ankara réside ainsi dans la fusion entre défense régalienne et exploitation économique via SOMTÜRK, convertissant la souveraineté somalienne retrouvée en outil de fermeture géopolitique. Les rivaux de la Türkiye ne font plus face à une ingérence extérieure classique, mais à l’exercice légitime des droits d’un État côtier ayant choisi son partenaire exclusif. En liant le financement de ses patrouilles navales à la rentabilité de la filière halieutique locale, Ankara sanctuarise sa position. Ce modèle prive les tiers de leurs leviers d’influence traditionnels, toute contestation de la présence turque étant immédiatement requalifiée par Mogadiscio comme une atteinte directe à son droit souverain au développement.

  1. Le Monde avec AFP, « La Somalie approuve un accord de défense avec la Turquie », 21 février 2024 (consulté le 15 mai 2026). ↩︎
  2. Organisation des Nations Unies (ONU), Rapport de situation sur la sécurité alimentaire et la famine en Somalie, Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), 2011.
    ↩︎
  3. Entretien d’Abdulkadir Mohamed Nur à l’Agence de Presse Anadolu (Anadolu Ajansı), Mogadiscio, février 2025. ↩︎
  4. Davutoğlu, Ahmet, Stratejik Derinlik: Türkiye’nin Uluslararası Konumu (La Profondeur Stratégique : la position internationale de la Turquie), Küre Yayınları, İstanbul, 2001.
    ↩︎
  5. Déclaration officielle de l’Ambassadeur de la République de Türkiye en Somalie, point presse sur la coopération militaire, Mogadiscio, 2020.
    ↩︎
  6. Communiqué officiel du Ministère des Affaires étrangères de la République de Türkiye, Sur la signature du Defense and Economic Cooperation Agreement (DECA) avec la République fédérale de Somalie, Ankara, février 2024.
    ↩︎
  7. The Horn Observer, « Leaked financial and structural terms of the Somalia-Turkey Defense and Economic Agreement », Mogadiscio, février 2024. ↩︎
  8. Africa Intelligence, « La stratégie navale et économique d’Ankara dans le Golfe d’Aden », Édition Afrique de l’Est, mars 2024. ↩︎
  9.  Institute for Security Studies (ISS Africa), « Somalia-Türkiye maritime security partnership faces stormy waters », ISS Today, 4 mars 2024. 
    ↩︎
  10.  The New Arab, « Turkey to defend Somalia waters and reap fishing revenues », 21 février 2024. ↩︎
  11. Ambassade de la République de Türkiye à Addis-Abeba, Rapport sur les relations économiques et commerciales turco-éthiopiennes, 2021. ↩︎
  12. Ministère des Affaires étrangères de la République de Türkiye, Déclaration conjointe sur le processus de médiation entre la Somalie et l’Éthiopie (Ankara Talks), Ankara, juillet 2024. 
    ↩︎
  13.  DP World Financial Report, Operations and Terminal Management in the Horn of Africa (Berbera & Bosaso), Dubai, 2023. 
    ↩︎