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La Türkiye et le défi de la reconstruction syrienne post Al Assad 

La fin de l’année 2024 a marqué un tournant géostratégique majeur au Moyen-Orient avec la chute du régime syrien le 8 décembre 2024, à la suite d’une offensive militaire lancée depuis la poche d’Idlib par plusieurs groupes armés non étatiques. Cet effondrement du pouvoir central syrien s’inscrit dans un contexte régional profondément déstabilisé, marqué par la guerre à Gaza, la fragilisation structurelle du Liban et la montée des tensions autour de l’Iran. Ahmed Al-Shara, connu auparavant sous le nom de guerre d’Abu Mohammed al-Joulani, s’est imposé comme la figure centrale du nouveau pouvoir syrien et exerce aujourd’hui les fonctions de

Ankara et Bagdad : 2025 ou le grand basculement stratégique

L’année 2025 a été marquée par une reconfiguration des alliances au Moyen-Orient et, plus singulièrement, par une « détente stratégique » inédite entre la République de Türkiye et la République d’Iraq. Longtemps définies par une méfiance réciproque, des conflits et des différends transfrontaliers, les relations entre Ankara et Bagdad ont opéré, au cours de ces douze derniers mois, un basculement vers un modèle de coopération intégrée et multidimensionnelle. Ce modèle ne se traduit pas uniquement par la succession d’accords bilatéraux, mais plutôt par une convergence croissante d’intérêts, catalysée par quatre vecteurs principaux : la pacification de la zone frontalière via le désarmement

Entre Gaza et F-35 : la tournée d’État de Recep Tayyip Erdogan aux États-Unis et le réchauffement des relations diplomatiques entre Ankara et Washington

Alors que les yeux du monde sont tournés vers Gaza et sa reconnaissance partielle comme État-nation par plusieurs pays occidentaux, portée par l’initiative française, puis suivie par le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie, le président turc Recep Tayyip Erdogan a profité de l’Assemblée générale des Nations unies à New York pour effectuer une visite d’État officielle à Washington, le jeudi 25 septembre 2025, afin de rencontrer son homologue américain, Donald Trump. Il s’agit du premier déplacement officiel du chef d’État turc à la Maison-Blanche depuis la fin du premier mandat de Trump en 2021. Sous la présidence de Joe Biden,

Rapport d’analyse|Les effets du mécanisme européen d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) sur les exportations turques

Consulter le rapport au format PDF Instrument central du Pacte vert de l’Europe, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à éviter les fuites de carbone. En imposant un coût équivalent au prix du carbone de l’Union européenne (UE) sur les importations de produits produits hors UE et à forte intensité carbone, le CBAM cherche à garantir que les entreprises européennes ne soient pas désavantagées par rapport à des concurrents installés dans des pays dont la réglementation environnementale est moins stricte. Pour la Türkiye, membre de l’union douanière

Sommet de l’OCS en Chine : la Türkiye au carrefour d’un nouvel ordre mondial

En cette fin du mois d’août 2025, le président chinois Xi Jinping accueille en grande pompe une vingtaine de dirigeants mondiaux, dont le Russe Vladimir Poutine, l’Indien Narendra Modi, l’Iranien Massoud Pezeshkian et le Turc Recep Tayyip Erdoğan, à Tianjin, dans le nord de la Chine1. Ensemble, ils participent au 25ᵉ sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), un forum eurasiatique centré sur la sécurité et la coopération économique, créé en 2001 sous l’impulsion de Pékin et Moscou1. Cet événement, l’un (si ce n’est le) plus important depuis la fondation de l’OCS, symbolise la volonté de ces pays d’esquisser

De l’Ouest à l’Est : le réajustement de la politique étrangère turque en Libye

La Turquie, impliquée dans les rivalités régionales et internationales en Libye et longtemps alliée du camp de Tripoli, a récemment multiplié les gestes d’ouverture vers l’Est libyen. La visite surprise, ce lundi 26 août 2025, d’Ibrahim Kalin, chef des services de renseignements turcs (MIT), à Benghazi pour rencontrer le maréchal Khalifa Haftar, en est l’illustration la plus frappante1.  De la chute de Kadhafi à la guerre civile libyenne Après la chute de Mouammar Kadhafi durant les soulèvements du Printemps arabe en 2011, la Libye sombre dans une crise institutionnelle profonde. Ainsi, en 2014, la deux pôles rivaux s’imposent : à

Rapport d’analyse|L’union douanière UE-Türkiye face à ses limites

Consulter le rapport au format PDF L’union douanière entre la Türkiye et l’Union européenne (UE), mise en place en 1995, supprime les droits de douane sur les biens industriels échangés entre les parties et impose à la Türkiye d’aligner progressivement ses normes réglementaires sur celles de l’UE1. En vigueur depuis 30 ans, cet accord constitue encore aujourd’hui l’ossature des relations économiques turco-européennes, mais il n’englobe ni les produits agricoles, ni les services, ni les marchés publics. Ce partenariat commercial contribue malgré tout à faire de l’UE le premier partenaire commercial de la Türkiye : en 2024, le volume des échanges de

L’avenir de l’Ukraine se joue-t-il aussi à Ankara ?

Les lignes bougent peu, mais l’armée russe enregistre des gains progressifs dans plusieurs zones contestées dans l’est de l’Ukraine. Pendant ce temps, les 15 et 18 août 2025, deux sommets d’une portée historique se sont tenus aux États-Unis autour d’une éventuelle fin de la guerre en Ukraine. Pour la première fois depuis le début de l’invasion russe, les pourparlers avancent de manière étroite et coordonnée entre les représentants de l’Ukraine, de la Russie, des États-Unis et des principales puissances européennes. Derrière ces négociations, quel rôle pourrait jouer Ankara sur la question ukrainienne ? En 2014 déjà, la Türkiye, avec son

Gaza, Syrie, énergie et diplomatie régionale : l’équation Türkiye-Israël

Depuis 2010, la Türkiye et Israël oscillent entre coopération par pragmatisme et tensions politiques. Après plus de dix ans de relations difficiles (assaut israélien contre le navire humanitaire turc Mavi Marmara en 2010, succession de différends sur la Syrie, l’énergie et la Palestine), un réchauffement est intervenu en 2022, par la visite du président israélien Isaac Herzog en Türkiye, dans l’objectif de renouer avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan1. Toutefois, la guerre de Gaza débutée en octobre 2023 a rapidement inversé cette dynamique. Recep Tayyip Erdogan a fermement dénoncé l’offensive israélienne à Gaza, qu’il a qualifié de « génocide »2. Ankara